Un chant de haut vol

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Un chant de haut vol

Entretien avec Michael Fabiano

Lorsque nous avons eu Michael Fabiano au téléphone, il était en production à San Fancisco pour Madame Butterfly. Il allait enchaîner avec Turandot à Madrid et Tosca à Stockholm. Le public français a pu voir le célèbre ténor américain triompher à plusieurs reprises à l’Opéra de Paris. En janvier 2022, il a fait des débuts toulousains fracassants en chantant Don José au pied levé dans Carmen. Il revient le 19 novembre au Capitole pour un récital exceptionnel consacré à la mélodie française !

Quels souvenirs gardez-vous de votre Don José de dernière minute au Capitole ?

D’abord, j’étais très honoré de chanter à Toulouse. Le Théâtre et l’Orchestre du Capitole ont une riche histoire et une aura internationale. Mais ce n’était pas de tout repos ! J’ai chanté mille fois Carmen mais jamais la version avec les récitatifs accompagnés à l’orchestre. C’est peu de dire que ce fut un challenge !… Je peux l’avouer maintenant : j’avais les textes cachés sur moi pendant les représentations. C’était… fun… Disons-le comme ça ! (rires)

Comment est né le projet de récital au Capitole ?

Pendant Carmen, j’ai glissé à Christophe Ghristi que j’aimerais faire un récital. Il a paru surpris, comme beaucoup, car on m’attend plutôt à l’opéra. Mais j’adore le lied et la mélodie. Il est important pour un artiste de varier les formes. Je trouve dans le récital une forme d’intimité et d’authenticité qu’on court toujours le risque de perdre dans une grosse production d’opéra. J’ai un important programme de récitals cette saison, j’y attache beaucoup d’importance.

Surprise supplémentaire, vous proposez à Toulouse un répertoire exclusivement en français, et notamment un groupe de mélodies de Duparc. Pourquoi ce choix ?

J’adore la mélodie française ! Au départ, je voulais même chanter l’intégrale des mélodies de Duparc. J’ai un respect infini pour ce compositeur. Il a une exigence radicale, presque pathologique : il a brûlé l’immense majorité de ses compositions parce qu’elles ne lui semblaient pas assez bonnes, et c’est quelque chose que je peux très bien comprendre. L’insatisfaction est le destin de l’artiste. Surtout, chaque mélodie est un univers en soi, totalement différent des autres. Alors comment les relier malgré tout ? C’est le travail que je fais avec mon pianiste Martin Katz : construire une forme de narration, un cycle imaginaire. Cette question est l’essence d’un récital.

Vous parlez et chantez plusieurs langues, quelle est la spécificité du français ?

Je travaille avec acharnement sur la dimension linguistique. L’essentiel, c’est d’abord la syntaxe : la structure de la phrase est fondamentale pour l’interprétation musicale, elle indique la ligne, toute l’élaboration du phrasé. Quant au français en particulier, j’aime ses sonorités et ses couleurs ; les nasales par exemple, réputées difficiles, sont un bonheur à chanter ! Elles m’obligent à concentrer ma voix au maximum. Et n’étant pas francophone natif, j’approche ces sons comme chanteur et musicien. Chanter dans sa langue maternelle, c’est de toute façon toujours le plus compliqué. Pour moi, chanter en anglais est un cauchemar … La prononciation défie toutes les règles ! C’est fou à dire, mais l’italien et le français me sont beaucoup plus naturels. Cela ne signifie pas que ce soit parfait, mais je fais de mon mieux !

Un mot de vos activités en-dehors de la scène : vous avez fondé une association nationale de soutien aux étudiants musiciens défavorisés…

Oui, elle s’appelle Art Smart et j’en suis le président. Nous offrons des cours de musique hebdomadaires gratuits dans neuf villes américaines, ce qui représente 32 000 leçons annuelles dispensées par de grands professionnels que nous rémunérons. Quand j’avais vingt ans, j’ai fait l’impossible pour pouvoir payer ma formation. C’était très difficile, et aujourd’hui je veux absolument aider les jeunes générations.

Et vous êtes aussi pilote d’avion…

C’est une passion dont j’ai absolument besoin. Où que je sois, je trouve toujours un club aéronautique et je passe quelques heures seul dans le ciel, dans mon petit avion. Je ne pense à rien d’autre, je ne fais qu’un avec l’instant. C’est une merveilleuse forme de méditation, qui m’aide beaucoup pour ma carrière : quand je suis sur scène, je suis tout entier présent au moment. Rien d’autre ne compte.

Dimanche 19 novembre

Théâtre du capitole

Michael Fabiano

Récital

Le grand ténor américain d’origine italienne triomphe dans Verdi, Donizetti ou Puccini sur les plus grandes scènes du monde. Invité-surprise du Capitole en 2022, où il chante au pied levé le Don José de Carmen, Michael Fabiano revient pour un récital exceptionnel de mélodies françaises, servies par sa musicalité accomplie et son incroyable élégance.