Hommage à Vinicio Cheli
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Vinicio Cheli nous a quittés la nuit dernière.
Vinicio a été un des piliers de notre maison depuis plus de trente ans. Au-delà de son génie d’éclairagiste, qui l’a mené dans les plus grands théâtres et festivals du monde, nous pleurons aujourd’hui un homme d’un charme et d’une bonté infinis. Il connaissait et chérissait le Capitole comme peu d’autres. Salomé, en mai dernier, aura été sa dernière création pour notre maison. Ce soir, nous dédierons à sa mémoire la première représentation de Rusalka.
Formé à la scénographie et à la lumière à l’Académie des Beaux-Arts de Florence, Vinicio Cheli entre en 1974 au Maggio Musicale Fiorentino, puis rejoint en 1979 le Piccolo Teatro de Milan, où il est pendant dix ans l’assistant de Giorgio Strehler pour la lumière avant de signer lui-même les éclairages de productions entières. De 1987 à 1991, il travaille au Rossini Opera Festival de Pesaro. Ezio Frigerio sera, tout au long de sa carrière, son compagnon de route le plus fidèle.
Sa carrière internationale se déploie à partir de l’Opéra de Paris. Dès 1984, il y éclaire Le Lac des cygnes et Roméo et Juliette de Rudolf Noureev ; en 1990, il signe les lumières des Troyens de Pier Luigi Pizzi, spectacle inaugural de l’Opéra Bastille ; en 1992, celles de La Bayadère, ultime chorégraphie de Noureev, dans les décors de Frigerio et les costumes de Franca Squarciapino. Suivront à Paris Samson et Dalila, La Belle au bois dormant, De la maison des morts, Mireille, La Dame du lac, Cavalleria rusticana et Pagliacci. Il a travaillé avec Luca Ronconi, Franco Zeffirelli, Nikolaus Lehnhoff, Klaus Michael Grüber, Luc Bondy, Werner Herzog, Andreï Kontchalovski, Hugo de Ana et Giancarlo del Monaco, au Festival de Salzbourg comme à Aix-en-Provence, Ravenne et Versailles, à La Fenice, au Teatro Real de Madrid, au Liceu de Barcelone, au Metropolitan Opera de New York, aux Arènes de Vérone, à Athènes, Tokyo, Pékin et Mascate. Directeur technique de la Biennale de Venise en 1995, il a enseigné la lumière à la Nuova Accademia di Belle Arti de Milan et à l’Académie du Teatro alla Scala.
Au Théâtre du Capitole, son nom est inséparable de celui de Nicolas Joel. Dès Falstaff en 1991, puis aux côtés d’Ezio Frigerio et de Franca Squarciapino, il a été l’éclairagiste d’une équipe qui a façonné le visage de la maison pendant près de vingt ans : Lucia di Lammermoor (1998, reprise au Metropolitan Opera l’année suivante sous la direction de Charles Mackerras), Hamlet (2000), Otello (2001), La Rondine (2005, en coproduction avec Covent Garden), La Femme sans ombre (2006), Tristan et Isolde (2007), Le Roi d’Ys (2007), Le Chevalier à la rose (2008)… Ces spectacles, il est revenu les remettre en lumière lui-même lors de leurs reprises récentes – Tristan en 2023, La Femme sans ombre en 2024, Lucia et Otello cette année encore – et il a continué de servir le Capitole dans des productions nouvelles : Norma d’Anne Delbée en 2025 et, en mai dernier, Salomé de Richard Strauss, mise en scène par Matthias Goerne et dirigée par Frank Beermann. Il devait encore, dans les mois qui viennent, éclairer Anvers, les Arènes de Vérone et le San Carlo de Naples. Salomé restera sa dernière création pour le Capitole.