Le Théâtre du Capitole

L’histoire du Théâtre
Institution chère au cœur des Toulousains, l’Opéra national du Capitole siège depuis près de trois siècles dans les murs de l’Hôtel de Ville. Derrière cette apparente immuabilité se cache une histoire mouvementée, faite de reconstructions successives, de mutations artistiques et de transformations institutionnelles.
DES TRÉTEAUX À LA PREMIÈRE SALLE (AVANT 1736)
L’ancêtre du Capitole est une modeste salle dépendant de l’Auberge du Logis de l’Écu, établie depuis 1542 à l’angle de la rue du Poids de l’Huile et de la rue Roquelaine, près de la Maison de Ville. Ses dépendances accueillent les comédiens de passage – peut-être Molière lui-même. La visite de Louis XIV en 1659 accélère les premiers aménagements. En 1671, la salle est officialisée avec une scène fixe et des loges pour les Capitouls.
En 1687, une Académie royale de Musique, pilotée depuis Paris, s’ouvre rue du Pré-Montardy – à l’emplacement de l’actuel cinéma American Cosmograph –, introduisant l’opéra à Toulouse. Les deux salles coexistent jusqu’à ce que l’Académie l’emporte. Le Logis de l’Écu, délaissé, brûlera en 1748.
LE THÉÂTRE DE GUILLAUME CAMMAS (1736-1800)
En 1736, la municipalité décide de concurrencer le centralisme royal et de se doter d’un vrai théâtre de prestige. Guillaume Cammas (1698-1777), peintre et architecte de la ville, dirige les travaux. La « Salle du Jeu de spectacle » est inaugurée le 11 mai 1737 : 670 places, décor somptueux, machinerie complexe. Cammas peint lui-même le plafond et le rideau de scène aux armes de la ville. Un opéra dans l’hôtel de ville : le cas est presque unique en France – et malgré les projets constants de théâtre hors-les-murs, cela n’arrivera jamais. Dès l’origine, un orchestre accompagne les représentations.
Entre 1750 et 1760, Cammas parachève son œuvre en élevant la façade monumentale sur la place. Rebaptisé « Théâtre de la République » après la Révolution, le théâtre souffre de la concurrence du Théâtre de la Liberté et de l’Égalité, qui s’installe dans l’ancien collège Saint-Martial, juste en face. Mais cette dispersion épuise les forces artistiques : le Capitole ferme en 1800, l’Académie de même, Saint-Martial en 1808. Toulouse se retrouve sans théâtre.
L’ÂGE D’OR DU BEL CANTO (1818-1880)
Malgré les projets présentés à Napoléon, il faut attendre la Restauration pour que le maire Joseph de Villèle reconstruise le théâtre in situ. L’architecte Guy de Gisors réalise un projet conçu par Cellerier dès 1812. La nouvelle salle, inaugurée le 1er octobre 1818, triple la jauge : 1 950 places.
Une troupe sédentaire est sélectionnée par les fameux « Trois débuts » : chaque artiste doit faire ses preuves dans trois rôles différents devant un public érigé en jury. Comme le rappelle un arrêté municipal de 1882 : « Le public est le véritable propriétaire du théâtre du Capitole. » Cette tradition perdurera jusqu’en 1917. En 1820, la création du Conservatoire permet de former les talents locaux. Toulouse s’élève au rang de capitale du bel canto.

LA « SALLE DORÉE » (1880-1917)
L’état de la salle contraint à une rénovation majeure et à des mesures de sécurité. Les architectes Dieulafoy et Leclerc, inspirés par l’Opéra Garnier, créent la « salle dorée », inaugurée en 1880. L’activité s’étend hors de la salle : foyers, vestibules, corridors deviennent des lieux de sociabilité.
L’opéra français triomphe. Wagner est introduit tardivement : Lohengrin en 1891, après plusieurs villes de province. L’accueil est mitigé, mais le répertoire wagnérien finit par s’établir. Le 10 août 1917, l’incendie tant redouté détruit la salle en quelques heures. C’est un traumatisme pour la ville.
DE L’INCENDIE À LA RÉGIE DIRECTE (1917-1950)
La municipalité maintient le théâtre dans ses murs. L’architecte Paul Pujol ressort son projet de 1892 : inaugurée en 1923, la nouvelle salle cultive la nostalgie du XIXe siècle. L’opérette envahit bientôt la moitié de la programmation.
Pendant l’Occupation, le théâtre reste très fréquenté – besoin de divertissement oblige. La directrice Jeanne Bourguignon, proche de l’occupant, est condamnée à la Libération. En 1945, le passage en régie directe anticipe de vingt ans les réformes Malraux. En 1950, la salle est entièrement modernisée par l’architecte Henri Brunerie – sobre, fonctionnelle.
L’OUVERTURE INTERNATIONALE (1950-1990)
Sous Louis Izar (1950-1967), le Capitole s’ouvre aux stars internationales et lance les « Galas italiens ». Dès 1949, les premières soirées de ballet autonomes marquent la naissance du ballet moderne en région.
L’arrivée de Michel Plasson en 1968 transforme l’institution. L’Orchestre fusionne avec l’Orchestre de Radio-Pyrénées, s’installe à la Halle aux Grains (1974), obtient le label « national » (1981) et acquiert une stature internationale. Plasson, directeur de l’Opéra de 1973 à 1982, internationalise les distributions, impose les opéras en langue originale et développe les coproductions.
L’ÉPOQUE CONTEMPORAINE (1990-2017)
En 1990, Nicolas Joël (1953-2020) prend la direction du Théâtre du Capitole. Formé auprès du grand metteur en scène Jean-Pierre Ponnelle, il élargit le répertoire, mène une politique de distributions prestigieuses, révèle deux générations de grands chanteurs français, établit des coproductions avec Covent Garden et le Met. Ses propres mises en scène, aux visuels fastueux, stimulent les compétences des ateliers de décors et de costumes. En 1996, la salle est restaurée par Richard Peduzzi, décorateur de Patrice Chéreau, dans des tons pourpres et or. En 2004, la cage de scène est modernisée.
Sous Nanette Glushak (1994-2012), le Ballet acquiert une reconnaissance internationale. À l’Orchestre, Tugan Sokhiev succède à Plasson en 2005, portant les effectifs à 125 musiciens. Nicolas Joël est appelé à diriger l’Opéra de Paris en 2009. Son successeur Frédéric Chambert (2009-2015) favorise la création contemporaine et nomme Kader Belarbi à la tête du Ballet.
AUJOURD’HUI… ET DEMAIN
En 2017, Christophe Ghristi, dramaturge de Nicolas Joël durant quinze ans, prend la direction artistique. En octobre 2021, l’institution obtient le label « Opéra national en région ». En 2023, l’Établissement public du Capitole réunit l’Opéra et l’Orchestre national du Capitole sous la direction de Claire Roserot de Melin, permettant l’impulsion d’une même gouvernance. Beate Vollack prend la direction du Ballet. Tarmo Peltokoski devient directeur musical de l’Orchestre en 2024.
Sous la direction artistique de Christophe Ghristi, l’Opéra national du Capitole connaît un rayonnement exceptionnel. La programmation, ample et ambitieuse, embrasse quatre siècles d’histoire. Les grandes œuvres du répertoire côtoient les raretés baroques et l’opéra contemporain. Les distributions réunissent la fine fleur du chant français et international, perpétuant la tradition d’excellence qui a forgé l’identité toulousaine.
Sous la direction de Beate Vollack, le Ballet de l’Opéra national du Capitole déploie une plasticité stylistique remarquable, du ballet classique aux créations contemporaines, reconnaissance saluée par le Prix de la Meilleure Compagnie chorégraphique décerné par le Syndicat national de la Critique pour la saison 2024-2025.

En 2025, l’inauguration de « L’Atelier » à Montaudran marque un tournant : ce site d’un hectare, qui rassemble enfin sous un même toit tous les artisans du spectacle jusqu’alors dispersés à travers la métropole, incarne l’engagement écologique de l’institution.
Avec des taux de remplissage inégalés, le succès public confirme la vitalité de cette maison trois fois centenaire, devenue l’un des pôles lyriques majeurs en France. À travers ses coproductions avec les plus grandes scènes internationales et ses nombreuses actions culturelles et éducatives, l’Opéra national du Capitole affirme son rôle d’institution vivante, moderne et tournée vers l’avenir. Héritier d’une longue tradition et porté par une ambition renouvelée, l’Opéra national du Capitole poursuit sa mission. L’histoire est toujours à écrire.
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